En sapant l’essence même entrepreneuriale de la franchise, présente tant chez le franchiseur que chez le franchisé, la FFF crée une ambigüité doctrinale fondamentale. La FFF passe sous silence l’origine du succès d’un réseau de franchise.
L’origine du succès d’un réseau de franchise, c’est avant tout le courage et la prise de risque d’un seul homme, le franchiseur, qui s’appuie sur son génie personnel et sa confiance dans l’avenir, qui mobilise toutes ses compétences pour créer un « savoir réussir ». Ce courage est relayé par la prise de risque individuelle de chaque franchisé qui à son tour mobilise ses compétences sur un territoire ou un segment de clientèle qu’il fait sienne, en répliquant grâce à la transmission d’un « savoir-faire » , au « savoir-réussir ».
Désormais éloignée de sa mission initiale, la FFF a oublié l’origine du succès de la franchise. Sous couvert d’un nouveau code de déontologie, la FFF a ainsi déstabilisé pour longtemps les fondamentaux de la vraie franchise.
Le résultat est là, dans la jurisprudence récente en 2008 et 2009 (Yves Rocher, Casino, Carrefour, Chattawak- dont l’arrêt de la Cour d’Appel de renvoi du 9 avril 2009 (
arrêt à télécharger ici) continue à requalifier le contrat de commission-affiliation en contrat d’agent commercial contrairement à la position inverse de la Cour de Cassation dans son arrêt du 28 février 2008…). De la même façon, la chaine d’hôtellerie B & B a vu son mandat de gestion, qui est intégré dans le contrat de franchise, comme cela était d’usage dans l’hôtellerie depuis plus de vingt ans, requalifié en contrat de travail par un arrêt de la Cour d’Appel d’Angers du 15 mai 2007 (
lire ici mandat de gestion). Les hauts magistrats n’aiment plus la franchise ou en tout cas ne la comprennent plus (
voir programme atelier du Cèdre du 9 juin 2009 : Franchise et Intuitu personae).! Ils n’ont plus de référence doctrinale forte. Ces références ont été sciées à la base par la nouvelle politique de la FFF. Ceci explique les requalifications de contrats de franchise en contrats de travail ou la demande de l’autorisation des franchisés pour vendre un réseau.
Si cette tendance se poursuivait, on pourra bientôt appliquer à la franchise toute la jurisprudence contractuelle « égalitaire » de la coopérative et des groupements.
Mais alors, quel est l’entrepreneur qui partant de rien, ayant inventé ou découvert un concept innovant, ayant convaincu sa famille d’abord puis ses franchisés l’un après l’autre de le suivre, souhaitera à son départ en retraite, matérialisé par la vente de son réseau, partager le fruit de la vente et de ses efforts, avec tous ses franchisés ? Aucun.
Qui souhaitera se lancer dans la franchise demain ? A l’heure ou la crise économique conduit chacun à se repenser, à l’heure ou toute l’organisation économique est à refonder le plus rapidement et surement possible, la franchise qui offre souplesse, et réglementation depuis plus de trente ans est pourtant l’un des meilleurs moyens de répondre aux nouveaux besoins. C’est aussi l’un des meilleurs moyens de reconversion pour les personnes en pertes d’emplois ou désireuses de changer d’orientation radicalement.
La franchise a fait ses preuves, elle est accessible à tous, plus personne ne peut aujourd’hui prétendre en être le seul porte-parole, elle serait diluée par la méfiance de quelques uns et la myopie de corps intermédiaires qui se trompent de cible.